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Descellement prothèses de hanche et de genou : ce n’est pas seulement de l’usure… c’est aussi une histoire de système immunitaire !

  • guillaumerigoulot
  • 20 juin
  • 5 min de lecture

Vous avez une prothèse de hanche ou de genou depuis plusieurs années ? Vous vous demandez pourquoi votre chirurgien insiste pour des contrôles radiologiques réguliers, même quand vous n’avez aucune douleur ? Ou vous avez entendu le mot « descellement » et cela vous inquiète ?


Rassurez-vous : ce phénomène est bien connu, largement étudié, et surtout, ce n’est pas de votre faute. Ce n’est pas non plus forcément synonyme d’une grosse réopération compliquée. Voici ce qui se passe réellement dans votre corps.


Le descellement : un processus biologique, pas seulement mécanique


Le descellement d’une prothèse de hanche ou de genou n’est pas seulement dû à une usure mécanique normale au fil du temps. En réalité, c’est souvent le résultat d’une réaction immunitaire de votre corps.


Voici ce qui se passe de façon simplifiée :

  • Avec les années, la prothèse (métal + polyéthylène) libère de minuscules débris (particules de polyéthylène et métal).

  • Votre système immunitaire voit ces débris comme des corps étrangers.

  • Des cellules du système immunitaire (les macrophages) arrivent pour les éliminer.

  • Ces particules ne peuvent pas être digérées par le système immunitaire : les macrophages « explosent » (lyse) et libèrent des substances inflammatoires puissantes.

  • Ces substances activent alors d’autres cellules qui détruisent progressivement l’os autour de l’implant : c’est l’ostéolyse (l’os est littéralement « grignoté » autour de la prothèse).


Résultat : la prothèse perd progressivement sa fixation solide et peut se desceller.


C’est ce qu’on appelle en médecine la « particle disease » ou maladie des particules. Cette réaction est biologique, pas liée à une faute ou à un mauvais usage de la prothèse. Les implants modernes (polyéthylène hautement réticulé, céramique, etc.) cherchent précisément à limiter la production de ces débris.


Mécanisme du descellement - Particle desease (schéma Dr Rigoulot)

Questions fréquentes que se posent les patients


« C’est grave ? Est-ce que je vais finir avec une prothèse qui bouge ? »

Pas forcément. Beaucoup de descellements restent limités et asymptomatiques pendant longtemps. Le danger principal n’est pas tant le descellement lui-même, mais la perte osseuse qui l’accompagne. Plus on attend, plus l’os disparaît et plus la réopération devient technique. C'est donc une question de timing : pris en charge à temps, le descellement n'a pas le temps de survenir.


« C’est de ma faute ? J’ai trop marché, j’ai pris du poids… ? »

Non. C’est une réaction normale du corps face à des particules microscopiques. Même les patients les plus prudents et les moins actifs peuvent en avoir. L’usure existe avec tous les implants, même les meilleurs. Cependant, les matérieux récents repoussent les limites.


« Est-ce que je vais avoir mal ? »

En orthopédie, il est très fréquent d'observer une discordence radio-clinique. C'est un dire qu'il est possible d'aller très bien mais d'avoir un signe de descellement à la radio, et vice-versa. L’ostéolyse peut progresser silencieusement pendant des années. C’est précisément pour cela que les contrôles radiologiques sont si importants : ils détectent le problème avant que vous n’ayez mal ou que la prothèse ne bouge vraiment.


« Est-ce que je vais devoir refaire toute l’opération ? »

Pas forcément ! Et c’est probablement la chose la plus importante que les patients ne savent pas : les prothèses sont modulaires !


La modularité des prothèses : un atout majeur (que beaucoup ignorent)


Une prothèse de hanche n’est pas un bloc unique. Elle est composée de plusieurs pièces qui s’emboîtent :


  • La tige fémorale (dans l’os de la cuisse)

  • La tête (la « bille »)

  • Le cotyle (la cupule dans le bassin)

  • L’insert en polyéthylène (le « plastique » à l’intérieur du cotyle)


De même pour la prothèse de genou : il y a un composant fémoral, un composant tibial et un insert en polyéthylène qui peut être changé.


Conséquence concrète : si la tige et le cotyle sont encore bien fixés dans l’os et que l’ostéolyse n’est pas trop avancée, le chirurgien peut souvent se contenter de changer uniquement la tête et l’insert en polyéthylène (ou seulement l’insert pour le genou).


C’est une intervention beaucoup plus simple, plus courte, notamment avec les techniques d'abord des articulations qui ne coupent pas les muscles (voie antérieure, vous sous vaste...) . Pris à temps, on évite ainsi une révision complète lourde avec greffes et reconstructions osseuses.


C’est exactement pour cela que le suivi radiologique régulier est essentiel : il permet de détecter l’usure du polyéthylène (par exemple une excentration de la tête sur la radio de hanche) ou les débuts d’ostéolyse avant que l’os ne soit trop détruit. On peut alors planifier une révision partielle, programmée, dans de bonnes conditions, plutôt que d’attendre une urgence


Importance du suivi radiologique des prothèses


  • Ils détectent l’usure et l’ostéolyse avant les symptômes.

  • Ils permettent une intervention plus simple et plus conservatrice grâce à la modularité.

  • Ils évitent les descellements « catastrophes » avec fracture de l’os ou perte osseuse majeure.

  • Les recommandations actuelles préconisent généralement un contrôle clinique + radiographique à 1 an, puis tous les 2 à 5 ans selon votre âge, votre activité et le type d’implant (plus fréquent si vous êtes jeune et actif).


Une anomalie radiologique ne veut pas dire « on opère tout de suite ». Elle veut dire « on surveille de plus près » et on anticipe.


Les bonnes nouvelles : les implants modernes réduisent fortement ce risque


Les prothèses d’aujourd’hui ne sont plus celles d’il y a 20 ans :


  • Le polyéthylène hautement réticulé (highly cross-linked polyethylene, associé auxanti-oxydants) a considérablement réduit la production de débris et l’ostéolyse.

  • Les couples céramique-céramique ou céramique-polyéthylène offrent une usure extrêmement faible.

  • Les designs et la précision de pose des implants ont aussi progressé.


Le risque de descellement aseptique par ostéolyse a nettement diminué avec ces avancées.


En résumé


Le descellement est souvent la conséquence d’une réaction inflammatoire aux débris d’usure, et non pas un descellement "mécanique simple". Cette réaction est biologique et n’est pas de votre faute. Grâce à la modularité des prothèses et à un suivi radiologique régulier, on peut très souvent intervenir à temps avec une chirurgie plus légère (changement de la bille et/ou du polyéthylène seulement).

Parlez-en ouvertement à votre chirurgien lors de vos contrôles. Ces rendez-vous ne sont pas une contrainte : ce sont votre meilleure assurance pour garder une prothèse qui fonctionne bien le plus longtemps possible. De nos jours, le suivi est d'autant plus facilité qu'envoyé une radiographie par email à son chirurgien est un jeu d'enfant.


Dr Guillaume RIGOULOT


Sources scientifiques (pour les lecteurs qui veulent creuser)

  • Abu-Amer Y, Darwech I, Clohisy JC. Aseptic loosening of total joint replacements: mechanisms underlying osteolysis and potential therapies. Arthritis Research & Therapy. 2007;9(6):215.

→ Mécanismes détaillés de l’ostéolyse induite par les particules.

  • Sukur E, Akman YE, Ozturkmen Y, Kucukdurmaz F. Particle Disease: A Current Review of the Biological Mechanisms in Periprosthetic Osteolysis After Hip Arthroplasty. The Open Orthopaedics Journal. 2016;10:241-251.

→ Revue très claire sur la « particle disease ».


Avertissement : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical personnalisé et ne remplacent pas une consultation avec un chirurgien orthopédiste. Les données scientifiques évoluent avec le temps. Les résultats individuels varient en fonction de nombreux facteurs (âge, poids, niveau d’activité, état de santé général, positionnement des implants, etc.). Consultez toujours votre praticien pour une évaluation adaptée à votre situation personnelle.

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