Meilleure fermeture cutanée après PTH / PTG : le surjet intradermique supplante progressivement les agrafes ?
En chirurgie orthopédique programmée, et particulièrement dans les prothèses totales de hanche (PTH) et de genou (PTG), la qualité de la fermeture cutanée joue un rôle important dans le résultat global de l’intervention. Après l’incision et la fermeture des plans profonds (fascia, tissu sous-cutané), la peau doit cicatriser afin d'être le plus rapidement hermétique aux bactéries de l’environnement extérieur.
La cicatrisation cutanée se déroule en plusieurs phases : une phase hémostatique et inflammatoire immédiate, suivie d’une phase de prolifération au cours de laquelle les kératinocytes migrent depuis les berges de la plaie pour reformer un épithélium continu. Pour le plaies propres, cette re-épithélialisation survient généralement entre 24 et 48 heures. Passé ce délai, le risque de contamination bactérienne externe diminue fortement, ce qui explique pourquoi la plupart des recommandations internationales autorisent la douche dès la 48e heure postopératoire.
Le choix de la technique de fermeture cutanée (agrafes métalliques versus surjet intradermique résorbable) influence directement la qualité de l'affrontement des berges de la peau, la répartition des tensions, le traumatisme tissulaire local et, in fine, le risque de complications cutanées. En chirurgie prothétique, une infection superficielle du site opératoire (ISO), même si elle reste relativement rare, peut avoir des conséquences importantes : réopération pour lavage/changement de prothèse, antibiothérapie prolongée...
Deux techniques sont principalement utilisées aujourd’hui :
Les agrafes métalliques, rapides à poser et permettant une bonne éversion des berges.
Le surjet intradermique résorbable (technique subcuticular running), qui offre une distribution plus homogène des tensions et un résultat esthétique généralement supérieur.

La question de savoir quelle technique offre le meilleur rapport bénéfice/risque en termes d’infection, de complications de plaie, d’esthétique et de confort patient reste débattue. Cette petite revue de la littérature a pour objectif de synthétiser les données scientifiques disponibles, en se focalisant sur la chirurgie prothétique programmée de hanche et de genou.
Comparaison : Agrafes vs Surjet intradermique
Critère | Agrafes métalliques | Surjet intradermique résorbable | Avantage en PTH/PTG programmée |
Vitesse de pose | Très rapide (gain significatif de temps) | Plus long | Agrafes |
Répartition des tensions | Bonne | Excellente (homogène sur toute la longueur) | Surjet intradermique |
Traumatisme tissulaire local | Micro-traumatismes aux points d’insertion | Moins traumatique | Surjet intradermique |
Corps étranger | Métal + plusieurs points de pénétration cutanée | Moins de corps étrangers superficiels | Surjet intradermique |
Ablation | Obligatoire (souvent douloureuse) | Inutile (résorbable) | Surjet intradermique |
Esthétique | Correcte mais traces punctiformes fréquentes | Excellente (cicatrice fine et discrète) | Surjet intradermique |
Risque d’infection superficielle | Plus élevé (surtout en PTH) | Plus faible | Surjet intradermique |
Suintement prolongé | Plus fréquent | Moins fréquent | Surjet intradermique |
Confort patient postopératoire | Moins bon (ablation douloureuse) | Meilleur | Surjet intradermique |
Analyse détaillée des résultats selon la littérature
1. Risque d’infection du site opératoire (ISO)
C’est le résultat le plus documenté et le plus pertinent en arthroplastie.
Plusieurs méta-analyses de bonne qualité montrent un signal en faveur du surjet intradermique :
van de Kuit et al. (2022) ont réalisé une revue systématique et méta-analyse dédiée spécifiquement aux prothèses de hanche et de genou. Ils ont retrouvé un risque d’ISO significativement plus élevé avec les agrafes (RR 1,70). L’effet était particulièrement marqué en PTH (RR 2,51). En restreignant l’analyse aux études à faible risque de biais, le risque restait significativement plus élevé avec les agrafes (RR 2,56).
Smith et al. (2010), dans une méta-analyse portant sur l’ensemble de la chirurgie orthopédique, ont montré que le risque d’infection superficielle était plus de trois fois supérieur avec les agrafes (RR 3,83), avec un effet encore plus important en chirurgie de hanche (RR 4,79).
Liu et al. (2021), dans une méta-analyse centrée sur la PTH, ont confirmé que les sutures étaient associées à un risque significativement plus faible d’infection superficielle et de suintement prolongé.
Les études observationnelles récentes (2025) vont globalement dans le même sens, même si après ajustement multivarié la différence n’est pas toujours statistiquement significative.
2. Autres complications de plaie
Le suintement prolongé est plus fréquent avec les agrafes.
La déhiscence ne montre pas de différence significative dans la plupart des études dédiées à l’arthroplastie.
Globalement, le profil de complications cutanées est légèrement défavorable aux agrafes en chirurgie prothétique programmée.
3. Temps opératoire, esthétique et confort
Temps de fermeture : Les agrafes sont nettement plus rapides. Cet avantage est cependant modeste dans le contexte de la chirurgie programmée.
Esthétique : Le surjet intradermique offre un résultat cosmétique supérieur dans la quasi-totalité des études randomisées (cicatrice plus fine, moins de marques visibles).
Confort et satisfaction : Le surjet intradermique est préféré par les patients et les soignants, principalement en raison de l’absence d’ablation douloureuse.
Discussion
Les données actuelles, issues de méta-analyses récentes de bonne qualité méthodologique, suggèrent un avantage global du surjet intradermique résorbable en chirurgie prothétique programmée de hanche et de genou, notamment sur le risque d’infection superficielle et sur les critères de confort et d’esthétique.
Les agrafes conservent un intérêt lorsque la rapidité de fermeture est prioritaire (certaines situations de trauma ou équipes très rodées), mais leur utilisation diminue progressivement dans les centres de référence en arthroplastie élective des pays développés.
Limites des données : La qualité globale des preuves reste modérée en raison de l’hétérogénéité des études et de biais méthodologiques dans certaines publications anciennes. Les études sont souvent sous-puissantes pour détecter des différences sur les infections profondes.
Conclusion
En chirurgie orthopédique programmée de hanche et de genou, le surjet intradermique résorbable constitue actuellement le choix le plus pertinent pour la majorité des patients, en raison d’un risque d’infection potentiellement plus faible, d’un meilleur résultat esthétique et d’un confort postopératoire supérieur.
Les agrafes restent une alternative acceptable dans des situations spécifiques, mais ne semble plus être la technique de première intention pour les PTH et PTG programmées.
Références bibliographiques
Smith TO, et al. Sutures versus staples for skin closure in orthopaedic surgery: meta-analysis. BMJ. 2010;340:c1199. doi:10.1136/bmj.c1199
van de Kuit A, Krishnan RJ, Mallee WH, et al. Surgical site infection after wound closure with staples versus sutures in elective knee and hip arthroplasty: a systematic review and meta-analysis. Arthroplasty. 2022;4:12. doi:10.1186/s42836-021-00110-7
Liu Z, et al. Staples versus sutures for skin closure in hip arthroplasty: a meta-analysis and systematic review. Journal of Orthopaedic Surgery and Research. 2021;16:735. doi:10.1186/s13018-021-02870-z (ou équivalent selon la version finale publiée)
Krishnan RJ, et al. Is the Risk of Infection Lower with Sutures than with Staples for Skin Closure After Orthopaedic Surgery? A Meta-Analysis of Randomized Trials. Clin Orthop Relat Res. 2019;477(4):922-933.
Mallee WH, et al. Wound Complications after Total Hip Arthroplasty: A Prospective, Randomised Controlled Trial Comparing Staples with Sutures. Hip Int. 2020 (ou année exacte selon publication).
Avertissement : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical personnalisé et ne remplacent pas une consultation avec un chirurgien orthopédiste. Les données scientifiques évoluent avec le temps. Les résultats individuels varient en fonction de nombreux facteurs. Consultez toujours votre praticien pour une évaluation adaptée à votre situation personnelle.



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